Raices : revue d'actualité, culture et langue espagnoles

Imprimer

» Yerma Lorca: vivant parmi les vivants
par Marie-Louise Roubaud

La Comédie Française a donné carte blanche à Vicente Pradal pour mettre en scène Yerma, l’une des pièces de la célèbre trilogie rurale de Federico García Lorca.

 

Le 5 juin prochain, cela fera exactement 110 ans que Federico García Lorca naissait à Fuentevaqueros, près de Grenade. Son nom est indissociable du martyrologe républicain espagnol, puisque ce poète tendre, terrible et délicieux fut l’une des premières victimes de la répression franquiste. La dictature rêvait de maintenir l’Espagne hors des sentiers de la modernité, dont le poète andalou était l’un des plus éminents représentants.
García Lorca fut honni pendant près de 40 ans dans le pays qui l’avait vu naître, en même temps que l’autre grand poète de sa génération, Antonio Machado. Il devint une figure emblématique de l’Espagne exilée, qui, en retour, eut à cœur de transmettre le message contenu dans sa vie et son œuvre. Un message aux racines fortes, mais qui n’en fut pas moins universel.
Aujourd’hui qu’il est entré en grâce dans son pays même, avec le retour de la démocratie, sa statue orne la place Santa Ana à Madrid. Mais c’est dans la chair vive de sa poésie et de son théâtre qu’il faut le retrouver, vivant parmi les vivants, solitaire et solidaire, ainsi que le dépeignait l’une des ses premières biographes, l’universitaire toulousaine Marie Laffranque qui ajoutait : « L’art de Lorca reste toujours parole, chant et geste dominé. Ce qu’il cherche à conjurer en disant sa douleur, sa révolte et sa lutte, c’est la rupture entre l’être humain et les autres vivants en harmonie naturelle avec le cosmos. »
Le théâtre de García Lorca est un théâtre de la contestation. On pourrait finalement le résumer avec les mots du poète lui-même, qui affirmait qu’en ouvrant chaque matin sa fenêtre, il fallait dire non. « Non », bien sûr, à l’injustice qui régit le monde. C’est de cette injustice qu’il est mort, au cœur de l’été andalou, le 19 août 1936 à Viznar où son corps fut jeté dans la fosse commune. « Colombe assassinée » ainsi le définit Michel del Castillo qui nous le restitue à l’aube de sa jeune célébrité, lorsqu’il est directeur de la troupe théâtrale « La Barraca », et lorsque ses dons précoces stupéfièrent l’entourage : « il fut un personnage avant de devenir un poète. Alors qu’il n’était qu’un étudiant surdoué, habité d’une joie contagieuse, il aurait pu se noyer dans le succès… seuls ses vers corrigent l’image d’une sociabilité enjouée : ils montrent une solitude aussi farouche qu’était excessive sa gaieté. Le rossignol sautillait dans sa cage, se cognant aux barreaux. »
Sa trilogie rurale « Bodas de sangre » « Yerma » « La casa de Bernarda Alba » est l’expression scénique de cette pulsion de vie et de mort.


 

Article suivant » Le rêve américain dans l’objectif d’un Catalan

Cliquez ici pour vous abonner à Raices

 

Annonce: Saragosse 20008

 

Annonce: Maison Garcia

 

Annonce: Vins Pour Dist

 

Annonce: ERMES Prestations

Raices Sarl © 2008 :: Plan du site :: Mentions légales