» Franquisme et tauromachie
Par Bartolomé Bennassar
La vérité oblige à dire que la plupart des toreros se conduisirent avec un parfait opportunisme et montrèrent moins de courage pendant la Guerre civile que dans les arènes. Par la suite, le franquisme utilisa la passion populaire de la fête des taureaux pour rendre plus supportable le quotidien.
Dans « Les Oreilles et la Queue », Jean Cau
qui, en tant qu’ancien secrétaire particulier
de Jean-Paul Sartre, a longtemps été considéré comme
un homme de gauche et disait lui-même qu’il
avait « tété aux mamelles de la
gauche », Jean Cau donc écrivait dès
la première page de l’Avis qui ouvre ce volume : « En
effet, c’est bien connu, un homme de gauche se doit
de cracher sur la corrida ». Et il ajoutait : « La
corrida, m’a-t’on dit ici et là, serait
un spectacle essentiellement fasciste. Le sang, la virilité,
la mort, la sexualité, bref tous les ingrédients
qui interviennent dans sa composition… révéleraient
leur nature perverse ».
Dans le même ordre d’idées, il a été souvent
affirmé ou prétendu que la tauromachie avait été au
service du franquisme. On a même avancé que Manolete avait été sinon
un serviteur du franquisme, au moins un argument, une sorte d’alibi. On
n’a pas manqué d’observer que Luis Miguel Dominguin avait été invité à des
parties de chasse par Franco et, après lui, Manuel Benitez, El Cordobès également.
Je crois tout simplement qu’il s’agit
ici d’une
inversion des facteurs. Pour me faire mieux comprendre, puisque,
nous sommes en terre de rugby, je prendrai un exemple tiré du
rugby. À quelle époque la Roumanie a-t-elle
eu sa meilleure équipe de rugby, une équipe
capable de vaincre à l’occasion le quinze de
France et certaines des nations britanniques ? À l’époque
de Ceausescu. Va-t-on en déduire que le rugby s’accommode
parfaitement d’un régime de dictature, fut-elle
la plus atroce ? Ce qui est parfaitement exact en revanche,
c’est qu’un régime autoritaire peut parfaitement
utiliser un sport très
populaire [...] dans
la mesure où ce sport [...] fait oublier aux citoyens
et à d’éventuels opposants les problèmes
politiques, économiques, sociaux ou professionnels
qu’ils rencontrent dans la vie quotidienne.
