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» SPECIAL CINESPANA : Quel scénario pour le cinéma espagnol ?
Par Daniel Matias
Lunes al sol, Soldados de Salamina, Mar Adentro, ou encore Volver. Les films espagnols ont marqué de leur empreinte les salles et les festivals du Vieux Continent ces dernières années. À l’image de Cinespaña qui fait de Toulouse un rendez-vous incontournable de la production espagnole. Pourtant, sur le plan national, la situation est moins reluisante avec le poids des productions étasuniennes et l’échec du gouvernement à freiner les intérêts commerciaux du secteur.

« Cinéma espagnol cherche salles et public. » Tel pourrait être le titre du nouveau film actuellement à l’affiche dans le paysage cinématographique espagnol. Fiction qui alimente depuis maintenant dix mois une polémique sur la politique à mener face à l’omniprésence de la machine hollywoodienne et la marginalisation de la production nationale qui en découle. Le panorama actuel n’a en effet rien de flatteur pour la patrie de Buñuel, Saura et Berlanga. Comme souvent, 2006 aura vu l’arbre Almódovar cacher la forêt de films étasuniens. La part de marché des productions espagnoles atteint seulement 15,4 % de parts de marché (loin par exemple des 45 % de films français en France), malgré les succès de Volver, du Laberinto del fauno de Guillermo del Toro et du film le plus cher de l’histoire du cinéma espagnol (Alatriste). Une désaffection visible également dans la chute du nombre de spectateurs (3 millions de moins par rapport à 2005). Les films étasuniens, de leur côté, écrasent la concurrence avec 71,2 % de parts de marché.
Pourtant, le nombre de sorties de films espagnols est en augmentation constante ces dernières années. Avec 142 longs métrages, l’Espagne est le deuxième producteur européen après la France. Chiffres flatteurs, certes, mais qui ne peuvent faire oublier les maux dont souffre le cinéma espagnol. Tout d’abord un sous-financement chronique. En 2006, les aides publiques, rassemblées dans le Fondo Nacional, dépassaient difficilement les 60 millions d’euros. Quatre fois moins qu’en France. L’investissement des télévisions espagnoles représentait quant à lui 138 millions d’euros (293 millions côté français). Ensuite, le pays souffre d’un manque criant de salles d’art et d’essai, ce qui constitue un handicap certain dans la défense de longs métrages indépendants espagnols ou européens face aux mégaproductions étasuniennes inondant les multiplexes des grandes villes. En outre, l’Espagne a perdu une centaine de salles de cinéma entre 2005 et 2006. Enfin, la législation actuelle ne permet pas de défendre efficacement le cinéma indépendant et la politique de quotas (un film sur quatre doit être espagnol – ou européen), adoptée sous le régime franquiste, est inefficace.

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